Erstelle eine Website wie diese mit WordPress.com
Jetzt starten

Wacko Jacko – La bestialisation médiatique de Michael Jackson

A gauche: News Musical Express (1991) – „Ne nourrissez pas le Bargeot“
A droite: Michael Jackson au procès Arvizo (2005)

Les 25 juin 2009, le monde découvrait avec stupeur la disparition du Roi de la Pop, Michael Jackson. N’ayant pas grandi dans le culte de sa musique, je ne me souviens guère de ce jour qui ne fût en rien particulier dans ma jeune vie. A l’exception du baby-dangling, des polémiques sur sa supposée pédophilie et des circonstances mystérieuses entourant de sa mort, je ne connaissais guère l’artiste, son oeuvre et encore moins son héritage humanitaire. Pour moi, il resta dans les années qui suivirent une figure mystérieuse dont j’écoutais les titres les plus emblématiques à la radio. Ma curiosité fût piquée sur le tard, à l’occasion des célébrations de son 60ème anniversaire. Après quelques recherches j’en vins à apprécier l’homme et l’artiste, sans pour autant me considèrer comme fan de sa musique ou faire des recherches approfondies. Dans mon esprit, il avait été acquitté dans le cadre d’un procès en 2005. Aucune raison de remettre en cause cela…jusqu’au 25 janvier 2019 lorsque le documentaire Leaving Neverland fit l’effet d’une bombe au festival Sundance. Défendant farouchement le principe de la présomption d’innocence, j’étais malgrè tout disposée à croire que les accusations étaient crédibles au vu de la large approbation du documentaire par les premiers télespectateurs. Pour autant, je fus rapidement surprise par l’absence de tout questionnement sceptique par les médias mais surtout par la bassesse de nombreux arguments avancés contre Michael Jackson par ses détraqueurs : sur son physique, sur son état mental, sur ses excentricités, etc…Je constatais une vague d’articles le surnommant (Wacko) Jacko, surnom repris en coeur par nombre d’internautes sur les réseaux sociaux. Bien peu semblaient conscients – ou peut-être choisissaient d’ignorer – que le surnom prend racine dans l’histoire d’un singe accrobate nommé Jacco Maccacco, exhibé durant des combats d’animaux à Westminster dans les années 1820. Je découvris que Jacko fût utilisé pour désigner de nombreux singes depuis le XIXème siècle : des singes de compagnies (le singe accompagnant l’expédition Franklin en Antartique en 1845), des singes au coeur de légendes urbaines (ex: le „canular Jacko“ dans les années 1880), des singes dans des contes pour enfants (ex: Jumpo & Jacko Kynkytail: les drôles d’enfants-singe dans les années 1910), des singes dans des jeux pour enfants (ex: la poupée vintage Jacko le singe par Chad Valley dans les années 60), etc… Aussi, la réminiscence des articles de presse gratifiant Michael Jackson du surnom de Jacko prit-t-elle une résonnance bien étrange dans mon esprit. Pure coincidence ?

A gauche: couverture du New York Post, 1995;
A droite: couverture de An Apple Pie and other Nursery Tale, 1882

Profitant de la présence du chimpanzé Bubbles sur sa première tournée solo en 1987, un tabloid titre « Chump’s tea party ». Difficile de n’y voir aucune référence aux goûters pour singes organisés par le zoo de Londres au début des années 1920. Dés le premier concert, la tournée est décrite par un tabloid comme « le show le plus bizarre sur terre » (weirdest show on Earth). Un autre commente que la « tournée Bad vire au singe» (Bad tour going ape). La rivalité de Michael Jackson avec le chanteur Prince est qualifiée de « guerre de gorille » (gorilla warfare), avec l’insertion (innocente) du chimpanzé entre les deux. Lorsque Michael Jackson adresse une lettre ouverte, le tabloid britannique The Sun – à l’origine du surnom Wacko Jacko –  rajoute des fautes d’orthographe. De nombreux articles de presse le réduisirent au fil des années à un animal de cirque : « Le cirque volant de Michael Jackson » (Michael Jackson’s flying circus); « Un jour au parc avec Jacko » (A day in the park with Jacko ; « Jacko fait le clown » (Jacko’s clowning). La faute à ses excentricités se défendirent ses détraqueurs. Après tout, personne ne l’obligeait à avoir un singe pour animal de compagnie, à dormir dans un caisson à oxygène ou à se réfugier dans un monde imaginaire. Si Michael Jackson ne fût pas complètement innocent dans la perception de son personnage public, on est en droit de se demander si les excentricités de ses confrères Elvis Presley, David Bowie ou encore Freddie Mercury firent l’objet d’une telle fixation médiatique. Pouvait-il se douter que la fameuse photo dans le caisson à oxygéne serait le point de départ d’une narrative sur la base de laquelle les médias s’autoriseraient à faire circuler de fausses informations sur son compte ?

The Sun, premier tabloid à surnommer Michael Jackson „“Wacko Jacko“ en 1986

De fait, les médias poussèrent la narrative d’une créature bizarre dont l’anormalité ne pouvait s’expliquer que par la folie. Ainsi, le magazine britannique News Week Express le caricature sous  les traits d’un singe dangereux.  Instruction sur la cage :  « Ne pas nourrir le Bargeot » („Do not feed the Wacko“). On spécula qu’il se blanchissait la peau pour éradiquer ses origines ethniques : puisqu’il avait changé la forme de son nez, c’est bien qu’il avait honte de son héritage. Si Michael Jackson reconnut en privé ne pas vouloir ressembler à son père (qui le surnommait « gros nez »), il réaffirma toujours sa fierté d’être né Noir-Américain dans un pays encore fortement marqué par la ségrégation lorsqu’il s’imposa comme Roi de la Pop. Ses sources d’inspiration musicales étaient des artistes Noirs-Américains (James Brown, Jackie Wilson, les artistes Motown) ; la plupart des acteurs dans ses clips étaient des Noirs-Américains; l’écrasante majorité de son staff fût toujours composée de Noirs-Américains  Lorsqu’il révéla en 1993 être atteint d’une maladie dépigmentant sa peau (le vitiligo), ses propos furent accueillis avec scepticisme. Il ne pouvait y avoir qu’une seule explication à ses transformations physiques : la chirurgie esthétique. On ignora largement la réalité de nombreux autres facteurs : le lupus, maladie auto-immune se manifestant par des rougeurs aux visage, des inflammations pulmonaires, des problémes d’insomnie, la perte prématurée des cheveux et une extrême sensibilité au soleil ; un incident pyrotechnique sur le tournage d’une pub en 1984, qui le laissa en partie chauve après de graves brûlures au crâne ; l’effondrement d’une passerelle sur laquelle il dansait en 1999, qui précipita son addiction aux anti-douleurs à cause de sérieux problèmes de dos ; les pertes de poids vertigineuses en raison du rythme intense des tournées ; l’usage de divers artifices (ombrelle, masque, gant, perruques, maquillage lourd, etc…) pour allier expression stylistique à dissimulation pratique. Les médias, eux, virent essentiellement dans ces transformations les manifestations physiques d’un déséquilibre mental.

Hommage de la top-model Winnie Harlow, atteinte de vitiligo, à Michael Jackson

Parallèlement, on développa une fixation touts azimut sur sa sexualité : sur son côté homme-enfant virginal, qui devait cacher une impotence ;  sur son aspect androgyne qui devait trahir une orientation sexuelle cachée ; sur son attitude bestiale, qui devait traduire une nature primaire. Commentaire du Sun dans un article titré « Pas d’animaux, pas de chirurgie plastique, juste du sexe à l’état brut » : « Agité, le tapageur Jacko se caressa les cuisses suggestivement en beuglant ses titres phares » („Jumpy, flashy Jacko strocked his thighs suggestively as he belted out his hit numbers“). Cette fixation fût largement relayée par les principaux médias dont les journaliste posèrent des questions d’une rare indécence. En témoigne l’attitude d’Oprah Winfrey qui lui demanda de but en blanc en 1993 si « par simple curiosité » il était encore vierge et questionna son ex-épouse Lisa-Marie Presley devant un public hilare :  « était-ce un mariage consommé ? ». Que dire de la mine (dégoutée) de la journaliste Diane Sawyer qui lui demanda ce qu’il lui avait pris de d’épouser Michael Jackson, ne cherchant même pas à cacher son incrédulité face aux réponses : « Vous étiez vraiment amoureuse ? » ; « Vous éprouviez vraiment de l’attraction sexuelle ? » ; « Mais, et son apparence physique ? ». Ou encore des moqueries de l’animateur radio Howard Stern et sa bande qui osèrent lui demander si elle était sexuellement satisfaite, ajoutant un magnifique « vous pouvez nous dire s’il a un vagin à la place du pénis ». Tout juste ne reprocha t-on pas à ce Noir-Américain sorti d’un guetto de l’Indiana d’être un parvenu indigne d’être le futur père des potentiels petit-enfants du King. L’intéressée eut beau confirmer d’interview en interview que ses sentiments pour lui furent réels, qu’il ne fût jamais question de marriage de convenance, qu’elle ne l’aurait jamais épousé pour couvrir quoi que ce soit, elle se heurta à l’incrédulité de ses interlocuteurs . Des commentaires dignes d’un remake de la Belle & Bête, du Bossu de Notre-Dame ou même de l’Homme-Elephant avec lequel Michael Jackson confiait dès 1987 ressentir une affinité. Tel John Merrick hurlant à un attroupement de curieux « Je ne suis pas un animal : je suis un être-humain », il tenta vainement de réaffirmer son humanité dans une interview de 1997  :  « Vous ne devriez pas dire que c’est un animal ! Vous ne devriez pas dire : c’est Jacko.  Je ne suis pas un Jacko : je suis Jackson! »

A gauche: „Pas d’animaux, pas de chirurgie plastique, juste du sexe à l’état brut“, 1986 ;
A droite: affiche de la pièce de théâtre Jacko, 1884

Animal de cirque, singe fou, bête primaire, « Wacko Jacko » devait bien avoir un Talon d’Achille : il semblait un peu trop proche des mineurs. Plus de 2000 journalistes – la plupart travaillant pour le compte de tabloids – furent accrédités pour suivre jour aprés jour les péripéties du procès Arvizo en 2005. Censé mettre en lumière le côté sombre du Roi de la Pop, il fut en réalité l’ « un des épisodes les plus honteux de l’histoire journalistique » selon le journaliste d’investigation Charles Thompson. Honteux de par  les méthodes peu éthiques du journaliste Martin Bashir qui abusa de la confiance de Michael Jackson pour soutirer des révélations explosives dans le cadre de son documentaire. Honteux de par la propension des médias à rapporter les dires des témoins de l’accusation sans pointer leur absence de crédibilité pourtant démontrée lors des contre-interrogatoires. Honteux de par l’indulgence des médias face à l’acharnement du procureur Tom Sneddon – au doux surnom de « Mad Dog » (le chien enragé) – qui ordonna des perquisitions dans des endroits non-couverts par les mandats lors de raids-surprise à Neverland. Bien embêté de constater la présence de magazines érotiques hétérosexuels combiné à l’absence de matériel pédopornographique, il tenta d’en prouver leur usage criminel par la présence d’empreinte de l’enfant. C’était sans compter sur la perspicacité d’un membre du Grand Jury qui, le voyant remettre un magazine entre les mains de l’enfant, se risqua à demander : « Mais, ce gamin ne devrait-il pas porter de gants ? ». Encore moins sur celle de l’avocat de la défense Tom Mesereau qui prouva que le magazine en question avait été publié des mois après la dernière venue de l’enfant à Neverland. Au terme d’un procès absurde de cinq mois, Michael Jackson fût acquitté par un jury populaire, à la déception (visible) de nombreux journalistes. Quelques heures à peine après avoir montré – grand sourire aux lèvres – l’intérieur de sa future prison, la présentatrice Nancy Grace invoqua immédiatement le facteur célébrité à l’annonce du verdict.  Commentaire de l’expérimentée reporter de cour Linda Deutsch, rare journaliste à avoir couvert l’affaire de manière impartiale : « Une débâcle qui n’aurait jamais dû aller au procès ».

Compilation d’articles de presse
„Tremble, Monstre“

Qu’importe, « Wacko Jacko » devait bien être coupable puisqu’il avait accepté  un arrangement à l’amiable pour clôre le procès CIVIL de l’affaire Chandler en 1994. Les médias « oublièrent » de préciser que le père de l’enfant avait initialement proposé un arrangement en catimini avant que l’affaire éclate : s’il ne payait pas la somme demandée, Michael Jackson serait accusé publiquement. Lorsqu’il refusa, le chantage fut mis à exécution. Que le chanteur ne céda qu’au terme d’une bataille judiciaire durant laquelle il tenta de différer le procés CIVIL pour préserver son droit à donner sa version des faits pour la première fois dans le cadre d’un procès CRIMINEL : l’arrangement fût conclu afin d’eviter que la partie civile n’ait accès aux arguments de la défense en cas de futur procès CRIMINEL.  Qu’aux Etats-Unis, l’écrasante majorité des procès CIVILS se termine par un règlement à l’amiable sans pour autant constituer un aveu de culpabilité : Michael Jackson risquait de perdre bien plus gros en raison de la mauvaise publicité générée par une procédure de plusieurs années. Qu’indépendemment du règlement à l’amiable, deux Grands Jury furent convoqués par le procureur Tom Sneddon pour analyser séparément les éléments à charge : aucun des deux n’inculpa Michael Jackson après étude de la version des faits de l’enfant, des dépositions de centaines de témoins, de l’absence d’éléments compromettants après deux raids-surprises, des photos prises par la police lors d’une fouille au corps sur sa personne (avec clichés des parties génitales). Que le règlement n’empêchait pas la famille Chandler de maintenir les poursuites pénales et de témoigner contre lui dans le cadre de toute autre affaire le concernant : une fois l’argent du procès CIVIL obtenu, ils ne manifestèrent aucun intérêt à envoyer Michael Jackson en prison. Lorsque le procureur enjoignit Jordan Chandler de témoigner contre lui au procès Arvizo de 2005, ce dernier répondit qu’il combattrait cette obligation par tous les moyens légaux possibles. Peter Pan ou Pervers, telle est la question dont les médias avaient anticipé la réponse, peu importe la bancalité de la première affaire et l’absurdité de la seconde. Résultat : presque 3/4 des sondés américains persuadés de la culpabilité de Michael Jackson même après l’acquittement. Il fallut attendre le 25 juin 2009 pour que Martin Bashir reconnaisse enfin qu’il n’avait jamais observé aucun comportement inapproprié, que Diane Sawyer s’interroge sur les raisons médicales de ses accessoires excentriques, qu’Oprah Winfrey déplore la main sur le coeur une perte considérable. « S’il meurt, sympathisez » chantait Michael Jackson de facon prémonitoire dans Tabloid Junkie.

Le temps du deuil n’arrêta pas la presse à scandale de spéculer sur sa mort, publier ses photos d’autopsie et faire circuler toujours plus de fake news, aucune loi ne permettant de porter plainte pour protéger la mémoire d’un défunt aux Etats-Unis. Les rapports du FBI rendus publics en 2013 montrent que les investigations n’ont débouché sur aucune découverte compromettante ? Qu’a cela ne tienne, Jacko aurait abusé 24 enfants d’après ces documents, la police aurait trouvé des images de torture d’animaux lors des raids, de nombreuses victimes auraient été payés pour leur silence, etc…Vivant ou mort, Michael Jackson fût la cible de nombreuses tentatives d’extortions (une cinquantaine par an selon son ami David Nordhal): un homme exigea un test de filiation, une femme clama qu’il était le père biologique de son bébé, un autre affirma même avoir été attaqué par son fantôme, etc…Aussi la nouvelle d’une double plainte civile en 2013 pour actes pédophiles  ne résonna-t-elle pas particulièrement fort au milieu des folles rumeurs sur feu „Wacko Jacko“, d’autant que la justice rejeta chacune des deux plaintes à deux reprises. C’était sans compter sur la vague MeToo dont les accusations en cascade en 2018 allaient bouleverser le petit monde d’Hollywood avec la chute du producteur Harvey Weinstein et de nombreux prédateurs sexuels dont les agissements avaient été passés sous silence par le show business et les médias pendant des décennies. Il était fini le temps oú la journaliste Barbara Walters pouvait reprocher à  l’ex-enfant-star Corey Feldman d’« endommager une industrie toute entière » lorsqu’il tenta vainement d’alerter en 2013 que la pédophilie était le problème n°1 à Hollywood… et que som ami Michael Jackson fût bien le seul à ne jamais avoir abusé de lui. Surfant sur la vague MeToo, Leaving Neverland de Dan Reed fit l’effet du bombe au festival Sundance , éclipsant la diffusion le jour même du documentaire Intouchable sur les frasques d’Harvey Weinstein, qui aurait abusé l’une de ses centaines de victimes supposées lors de ce fameux festival en 1999. La Twittosphère s’emballa lorsque les télespectateurs – triés sur le volet – partagèrent leur choc à la sortie de la projection. „Vous n’avez pas vu le film“ répondit-on (à l’identique) aux sceptiques. On réserva une standing ovation au réalisateur et aux deux accusateurs, James Safechuck et Wade Robson: „Vous allez faire plus de bien au monde que Michael fucking Jackson“ commenta un journaliste lors de la conférence de presse.

Sans grande surprise, les médias anglo-américains prirent les accusations pour argent comptant et encensèrent le documentaire. On vous l’avait bien dit qu’il était coupable! L’influente (présidentiable) Oprah Winfrey qui avait encensé Michael Jackson avant les premières accusations, l’avait vertement critiqué  lors de la second affaire, lui avait rendu un hommage vibrant à sa mort, avait fait des pieds et des mains pour interviewer ses proches par la suite, dédia une spéciale au film après sa diffusion sur HBO pour soutenir la crédibilité des accusateurs: „Il est temps de dire au revoir à Michael Jackson une bonne fois pour toute lu-t-on dans son magazine. On assista à une succession de boycotts dans les radios de plusieurs pays (Canada, Nouvelle-Zélande, etc…), Starbuck, Louis Vuitton, Spotify, etc… Sur Twitter, les fans de Michael Jackson, ayant étudié les dossiers des accusateurs dés 2013, tentèrent d’alerter sur l’existence d’incohérences majeures dans les témoignages. Tout en privilégiant la présomption d’innocence, je décidais d’attendre le visionnage du documentaire pour conforter mon intuition à la lecture des documents juridique. Quelle ne fût pas mon choc de découvrir 4 heures de témoignages bruts croisant les expériences des 2 familles, d’interminables images aériennes meublant l’absence total de travail d’investigation, des descriptions sexuelles particulièrement graphiques, des extraits TV biens choisis pour « expliquer » les précédentes affaires,  des accusateurs tout sourire à l’exception d’une dernière demi-heure de pure pathos… Sans parler de la comparaison (pour le moins douteuse) de la rugosité des cheveux de Michael Jackson avec celle d’une éponge à gratter. J’observai avec consternation l’écrasante majorité des journalistes ignorer purement et simplement les appels par de simples citoyens à faire leur travail de vérification des informations. Puisque le documentaire montrait Michael Jackson sous le jour d’un manipulateur ayant ensorcelé avec son image de „Peter Pan“ humanitaire, ses défenseurs ne pouvaient être qu’une horde de fanatiques encore sous le charme. C’était ignorer que la tenacité des fans à défendre la présomption d’innocence de leur idole n’avait rien à voir avec un aveugle culte de la personalité. C’était ignorer que prendre position contre Leaving Neverland dépassait largement l’enjeu de défendre l’honneur d’un seul homme. C’était ignorer la diversité des gens qui s’élevèrent contre l’approbation médiatique du „documentaire“ indépendemment de l’âge, de la nationalité, de la couleur de peau, de la profession, du statut de victime d’abus, du lien avec Michael Jackson…

Extrait d’un débat sur Twitter

Si certaines personnes se montrèrent ouvertes à rechercher les deux côtés, je restais parfois sans voix face aux commentaires, à l’argumentaire et à la mauvais foi de nombreux supporters du film. Une journaliste récompensée du prix Pulitzer répondant „Mignon que Facebook soit la source de vos recherches“ à une personne lui postant le lien vers les dossiers du FBI. Une activiste récompensée pour sa lutte contre les violences sexuelles dénigrant ces mêmes documents sous prétexte que “ le FBI est composé de gens qui mentent, donc…“. Ce Twitto déclarant „Michael Jackson était une mauvaise personne. Il a dédié un album tout entier á cela. Si cela ne constitue pas une preuve, je ne sais pas ce que c’est“. Cet autre Twitto : „Michael Jackson se pince les lèvre en parlant des enfants. Je suis dégoûté“. Un autre : „N’est-ce pas étrange que plus la peau de Michael Jackson devint blanche, plus ses crimes devinrent sombres?“. Ou ce Twitto qui enjoignit ses followers à cliquer sur le hashtag #IKnewLeavingNeverlandwasBS pour savoir combien de personnes seraient prêtes à abandonner leurs enfant à un pédophile…avant de reconnaître qu’il n’avait même pas vu le documentaire. Ma consternation atteint son pic lorsque lorsque le biographe Mike Smallcombe révéla preuve en main que chacun des accusateurs avait menti sur un élément majeur de leur témoignage. Tant dans ses documents juridiques, que dans ses interviews et dans le film, James Safechuck affirme avoir été abusé sur une période de 4 ans, de 10 à 14 ans (1988 – 1992). Il fût démontré – permis de construire, photos aériennes et vidéos d’époque à l’appui – que la station de train de Neverland dans laquelle il affirme avoir été abusé régulièrement fût construite…en 1994. Réaction du réalisateur Dan Reed qui s’empressa de voler au secours de son protégé…qui lui resta d’un silence de marbre : „Oui, il semblerait qu’il n’y ait pas de doute sur la date de la station. La date qui est fausse, c’est celle de la fin des abus“. Le même Dan Reed affirmait pourtant quelques jours plus tôt dans une interview que Michael Jackson ne s’intéressait qu’aux enfants prépubères de moins de 14 ans…pour contrer un ancien proche de Michael Jackson affirmant que rien ne lui était arrivé lorsqu’il trainait avec lui à l’âge de 15 ans. Afin de sauver la crédibilité des abus commis dans la station de train, le réalisateur était donc prêt à contredire le témoignage de son protégé et remetre en cause toute la narrative de son film avec des arguments de mauvaise foi.

Réaction de Dan Reed á la polémique sur la station de train

Rares furent les médias à relayer l’information et dénoncer l’attitude du réalisateur après avoir accordé une promotion aussi mielleuse au film. C’était sans compter sur une poignée d’irréductibles journalistes qui avaient refusé de suivre aveuglément la tendance, à commencer par John Ziegler qui fût le premier journaliste (et le seul côté américain) à tirer la sonnette d’alarme après visionnage du documentaire et analyse des documents juridiques: «l’histoire de Wade Robson est une farce totale dans un film ridiculement unilatéral ». Côté britanique, le journaliste Piers Morgan fût le premier à demander des comptes à un Dan Reed visiblement surpris et agacé par l’attitude non complaisante de son interlocuteur…et critiqua sur Twitter l’absence de tout recul critique de la part de ses confrères journalistes. En France, nos chers médias ne se comportèrent guère mieux. Rappelons qu’M6 s’empressa d’acheter les droits de diffusion de ce „documentaire-évènement“, le renommant au passagee « Michael Jackson : la parole des victimes ». Il fallu le dépôt de quelques 70 plaintes au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et l’appel pour que la chaîne daigne choisir un titre plus neutre. Que dire également de l’attitude complaisante des journalistes de Cavous face à Dan Reed, en particulier le magnifique commentaire de la chroniqueuse Marion Ruggieri : « Finalement, on n’avait pas vu que Bambi avait un zizi ». Dans ce paysage médiatique, bien peu de journalistes – en dehors de ceux qui étaient déjà pro Jackson (Charles Thomson, Olivier Cachin) – ne prirent la peine de vérifier la crédibilité d’un documentaire pourtant unilatéral. Quant à l’influente Oprah Winfrey, elle signa et persista son soutien aux accusateurs : si toute victime devait justifier la timeline de ses abus, aucune ne pourrait être considérée comme crédible. Tout l’enjeu autour de Leaving Neverland était donc là: permettre à n’importe quelle victime supposée d’être percue comme crédible en toutes circonstances…sur le dos d’un homme célèbre mort pour lequel son frère Marlon avait émis un souhait dix ans plus tôt: „Peut-être que maintenant Michael, ils te laisseront enfin tranquille!“. Dans le même temps, La même Oprah Winfrey tenta de redorer son blason face à la ténacité des critiques en accordant une spéciale au documentaire When they see us sur cinq jeunes Noirs-Américains faussement condamnés pour le viol d’une joggeuse new-yorkaise…à cause de l’acharnement d’une procureure zélée, des autorités policiéres et des médias.

Ce qui est fou dans l’affaire „Central Park 5“, c’est que les médias ont absolument joué un rôle en créant l’idée que les gamans étaient coupable. Nous devons être prudents sur l’influence des médias à choisir nos héros et nos villains

Rien ne fût épargné à Michael Jackson, n’en déplaise à ceux qui invoquèrent le facteur célébrité et s’empressèrent de le condamner sans jamais chercher à le comprendre . Peu importe que l’écrasante majorité de ceux qui l’ont effectivement connu – dont de nombreux enfants – confirment garder de lui des souvenirs inoubliables sans l’once d’un comportement répréhensible. Qu’importe également toutes ces vies qui furent sauvées ou allégées par sa générosité: tout au long de son existence, il dédia pas moins de 400 millions de dollar à des oeuvres humanitaires, visita de nombreux hôpitaux en marge de ses obligations, paya les soins de nombreux enfants malades. Auteur-compositeur, chanter, danseur mais aussi dessinateur, poète et lecteur avide à ses heures perdues, il revendiquait de „s’inspirer des Grands pour devenir encore plus grand“ (Leonard de Vinci, Michel-Ange, Charlie Chaplin, Walt Disney, James Brown). Dévastée à l’annonce de sa mort, son ex-épouse confia que rien chez lui ne s’apparentait de près ou de loin à la médiocrité: trop brillant pour des détraqueurs trop médiocres le „Jacko“? Dans son acharnement, la meute médiatique ignora que le monstre qu’elle voulait voir était un être-humain, qui – meurtri – finit par quitter Neverland pour de bon après la fin du procès. Conclusion du cabinet de Maître Noémie Houchet-Tran après analyse des quatre affaires en mars 2019 : « On ne peut jamais assurer à 100% qu’un homme est innocent ou coupable. Mais une chose est sûre : si un juré était saisi du dossier aujourd’hui, il acquitterait encore Michael Jackson ».

„Il vaut mieux se hasarder à acquitter un coupable que de condamner un innocent“.

Francois-Marie Arouet, dit Voltaire

Pour aller plus loin:

Leaving Neverland – Take Two: explication des affaires Chandler (1993) et Arvizo (2003) par Charles Thompson (@CEThomson) et Ryan Michael (@ReasonBound)

Leaving Neverland – The Aftermath: documentaire de @jin_n_t0nic analysant les accusations deLeaving Neverland

Neverland Firsthand – Investigating the Michael Jackson documentary: reportage de Liam McEwan (@LiamMcEwan)

Podcast de John Ziegler (@Zigmanfreund) sur les incohérences de Leaving Neverland

Kommentar hinterlassen

Trage deine Daten unten ein oder klicke ein Icon um dich einzuloggen:

WordPress.com-Logo

Du kommentierst mit Deinem WordPress.com-Konto. Abmelden /  Ändern )

Twitter-Bild

Du kommentierst mit Deinem Twitter-Konto. Abmelden /  Ändern )

Facebook-Foto

Du kommentierst mit Deinem Facebook-Konto. Abmelden /  Ändern )

Verbinde mit %s

%d Bloggern gefällt das: